Section Deux : Qu’est-ce
que la nouvelle Convention et que signifie-t-elle pour moi? Une nouvelle
convention – Une
nouvelle approche
| À la
fin de la section 2, vous devriez
1. Comprendre quel genre de convention est la CDPH
2. Comprendre pourquoi la CDPH est nécessaire et comment
elle a été créée
3. Comprendre ce qu’est une « approche basée
sur les droits »
4. Comprendre ce qui est nouveau, et comment cela peut être
utile pour les personnes ayant des incapacités |
PARTIE 1
: Qulques
Qu'est-que c'est une convention?
Avant d’aller plus loin, nous devons définir les termes
que nous utilisons. Comme nous allons beaucoup parler de la nouvelle « convention »,
il est important de comprendre ce que c’est, et ce que ce n’est pas.
Dans cette trousse, une “convention,”est
une entente écrite, juridiquement contraignante, entre deux ou plusieurs
pays. Les conventions peuvent aussi être appelées “traités.”
Quand une convention a été “ adoptée” (c’est-à-dire
qu’elle est maintenant ouverte aux pays qui
désirent s’y joindre), les pays peuvent choisir de s’y joindre
ou pas. Quand ils choisissent de s’y joindre, ils deviennent des “États
parties”et ils doivent se conformer aux obligations décrites
dans la convention. Quand un nombre suffisant de pays (20 pays dans le cas de
la CDPH) deviennent États
parties, nous pouvons alors dire que la convention “ entre
en vigueur”– c’est-à-dire qu’elle devient active – et les États
parties doivent agir pour rencontrer leurs obligations à l’égard
de la convention. Plusieurs conventions sont en vigueur à l’heure
actuelle, et elles couvrent un large éventail de sujets y compris le commerce,
l’environnement, les armes, la paix et les droits de la personne.
Quel genre de convention est la Convention sur les droits
des personnes handicapées?
Tel que déjà mentionné, il existe différents
types de conventions dans le droit international.
La Convention sur les droits des personnes handicapées (CDPH) est une « convention
relative aux droits de la personne ». Une “ convention
relative aux droits de la personne”est une convention qui traite spécifiquement
des droits humains. “Les droits
de la personne”ce sont les droits que tous ont par le simple fait d’être
un être
humain. En d’autres termes, vous n’avez pas à appartenir à un
groupe particulier, et personne n’a à vous donner vos droits. Tous
sont automatiquement habilités à exercer la gamme complète
des droits de la personne simplement parce qu’ils sont des êtres
humains.
- Où trouvons-nous les droits de la personne?
Les droits de la personne auxquels tout le monde a droit sont
décrits
dans plusieurs documents des Nations Unies certains
sont des conventions, d’autres non. (Il existe également
des documents relatifs aux droits de la personne au « niveau régional »,
comme par exemple en Amérique, en Afrique ou en Europe. Cependant, nous
nous attachons ici aux documents des Nations Unies qui s’appliquent à tous à travers
le monde.) Le premier, et peut-être le mieux connu, de ces documents, c’est
la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH),
adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU
en 1948. La DUDH n’est pas une convention, mais elle est maintenant considérée
comme faisant partie du droit international coutumier,
ce qui la rend juridiquement contraignante.
- Les principales conventions relatives aux droits de la personne
Comme à l’origine il n’était pas prévu
que la DUDH soit un document juridiquement contraignant, l’ONU
a élaboré deux
conventions pour décrire les droits de la personne auxquels nous avons
tous droit : le Pacte international
relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (ICESCR – adopté le
16 décembre 1966 et entré en vigueur
le 3 janvier 1976) et le Pacte international
relatif aux droits civils et politiques
(ICCPR – adopté le 16 décembre 1966 et entré en
vigueur le 23 mars 1976 – il existe deux protocoles
facultatifs au ICCPR).
Ces trois documents pris ensemble sont connus sous le nom de “Charte
internationale des droits de l’homme” et, comme tels,
ils constituent le fondement du droit international en matière de droits
de la personne.
Au départ, on croyait que la Charte
internationale des droits de l’homme suffirait à couvrir toute
la gamme des droits de la personne. Cependant, au fil du temps, il est apparu
clairement que les gouvernements avaient besoin de lignes directrices plus détaillées.
La Charte
internationale des droits de l’homme traitait de tous les différents
droits de la personne auxquels, selon la communauté internationale, tous
avaient droit. Mais cette Charte ne donnait pas assez de détails pour
que les gouvernements sachent exactement comment s’assurer que tous jouissent
pleinement de ces droits. Par conséquent, la communauté internationale
a élaboré un certain nombre de “conventions
thématiques relatives aux droits de la personne.”Ces conventions
sont appelées des conventions « thématiques » parce
que chacune d’elles traite d’un thème spécifique en
matière de droits de la personne (comme par exemple la discrimination
raciale ou la torture) ou d’un groupe particulier de personnes (comme par
exemple les femmes ou les personnes ayant des incapacités). Ces conventions
ne créent pas de nouveaux droits, mais elles développent plus en
détail les droits existants du point de vue d’un groupe ou d’un
enjeu particulier. Par exemple, la Convention sur
l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard
des femmes (CEDAW ),
ne visait pas à créer de nouveaux droits pour les femmes.
Il s’agissait plutôt d’aider les pays à mieux
comprendre comment s’assurer que les femmes jouissent pleinement
de tous les droits de la personne existants. Ainsi par exemple, la
CEDAW aide les pays à comprendre ce que veut dire pour les
femmes de jouir pleinement de leur droit de participer à la
vie politique et publique, et quels obstacles peuvent les empêcher
de jouir de ce droit.
La liste qui suit présente toutes les conventions thématiques
relatives aux droits de la personnes qui ont été adoptées à ce
jour – vous pouvez constater que certaines conventions sont entrées
en vigueur rapidement, alors que pour d’autres on a mis beaucoup
plus de temps :
- Convention internationale sur l’élimination de toutes
les formes de discrimination
raciale (ICERD – adoptée le 21 décembre 1965,
entrée en vigueur le 4 janvier 1969)
- Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard
des femmes (CEDAW – adoptée le 18 décembre
1979, entrée en vigueur le 3 septembre 1981 – il y a
un protocole facultatif à la CEDAW)
- Convention sur les droits des personnes handicapées et son
Protocole facultatif (CDPH – adoptée le 13 décembre
2006, pas encore entrée en vigueur)
Ces conventions, couplées au ICESCR et au ICCPR, forment ce
que l’on appelle les « principales
conventions relatives aux droits de la personne », et vous pouvez constater que
la Convention sur les droits des personnes handicapées est une
des plus récentes des conventions principales à avoir été adoptée
par l’ONU! Bien qu’il y ait plusieurs autres conventions
et instruments internationaux non juridiquement contraignants qui traitent
des droits de la personne, les conventions citées ci-haut sont
considérées comme les « principales » conventions
parce que chacune d’entre elles établit un comité d’experts
chargé du suivi de son application. Si vous désirez en
apprendre davantage sur les différents instruments internationaux
relatifs aux droits de la personne et les comités chargés
de faire le suivi des conventions principales, vous pouvez vous référer
au site Web du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme : http://www.ohchr.org/french/law/index.htm
PARTIE 2: UN PEU D’HISTOIRE!
D’où vient la Convention sur les droits des personnes
handicapées?
Nous savons que la CDPH est l’une des conventions internationales
principales relatives aux droits de la personne, mais pourquoi en
avions-nous besoin et comment a-t-elle vu le jour?
- La nécessité d’avoir une CDPH
La nécessité d’avoir une convention sur les droits
des personnes ayant des incapacités ainsi que le rappel des jalons
historiques y ayant mené sont présentés plus en
détail dans la Section
2 de la Trousse de ratification de l’OMPH , mais nous
rappelons ci-dessous certaines des raisons principales qui ont poussé la
communauté internationale à demander
la création de la CDPH :
1) « L’invisibilité » des personnes
ayant des incapacités – on pourrait croire que, compte tenu
de toutes les autres conventions et de tous les instruments relatifs
aux droits de la personne qui existent déjà, il n’est
pas nécessaire de créer
un traité additionnel concernant spécifiquement les personnes ayant
des incapacités. Cependant, à l’exception de l’Article
23 de la Convention relative aux droits de l’enfant , aucune des conventions
principales relatives aux droits de la personne ne mentionne les personnes ayant
des incapacités. Bien que les droits décrits dans ces conventions
s’appliquent bien sûr aux personnes ayant des incapacités,
les gouvernements n’ont pas fait un bon travail pour s’assurer que
les personnes ayant des incapacités puissent jouir pleinement de leurs
droits. D’autre part, les gouvernements n’ont pas fait non plus un
bon travail quand ils ont fait rapport aux organes
de suivi des traités sur la façon dont ils appliquent ces diverses
conventions aux personnes ayant des incapacités. Pour leur part, les organes
de suivi n’ont
pas demandé cette information systématiquement. Par conséquent,
certains ont noté que les personnes ayant des incapacités étaient
effectivement « invisibles » au sein du système
de l’ONU en matière de droits de la personne. (C’était
là une des conclusions du rapport de l’ONU intitulé « Droits
de l’homme et invalidité : L’utilisation actuelle et
l’usage potentiel des instruments des Nations Unies relatifs aux droits
de l’homme dans la perspective de l’invalidité », une étude
commandée par le Haut Commissariat
aux droits de l’homme .
Cette « invisibilité » a par ailleurs rendu la tâche
difficile aux militants en matière d’incapacité qui voulaient
attirer l’attention du système de l’ONU en matière
de droits de la personne sur les enjeux liés à l’incapacité.
On prévoit qu’avec adoption d’une
convention traitant spécifiquement des droits des personnes
ayant des incapacités, cette situation va changer puisque le système
aura à sa disposition des règles universelles juridiquement contraignantes
en matière de droits de la personne qui s’appliquent clairement
aux personnes ayant des incapacités. On prévoit par ailleurs que
la mise sur pied d’un comité des droits des personnes handicapées
amènera l’expertise en matière d’incapacité au
sein même du système international de droits de la personne, et
alors les
autres organes de suivi des traités pourront
apprendre de ce comité et commencer à tenir compte dans
leur travail des enjeux liés à l’incapacité.
2) La nécessité d’un instrument juridiquement contraignant – avant
que la CDPH ne soit adoptée en décembre
2006, aucun des autres instruments relatifs aux droits de la personne et traitant
des questions d’incapacité (
comme les Règles universelles de
l’ONU pour l’égalisation des chances des personnes handicapées)
n’était juridiquement contraignant. Cela signifie que les gouvernements
n’étaient pas tenus légalement d’appliquer les recommandations
de ces documents. On a également observé que certains des plus
anciens instruments qui traitent des questions d’incapacité sont
désuets dans la façon dont ils présentent les personnes
ayant des incapacités. Certains renforcent les stéréotypes à l’égard
des personnes ayant des incapacités en les présentant comme des
personnes « vulnérables » ou qui n’ont pas
la capacité de participer pleinement à la vie de leur société.
C’est pourquoi il a été suggéré de mettre à jour
le droit international relatif aux droits de la personne pour mieux refléter
le modèle social/culturel de l’incapacité,
et que, pour ce faire, l’instrument approprié était une convention
juridiquement contraignante.
3) Le rôle des personnes ayant des incapacités dans le
développement – en
septembre 2000, les leaders mondiaux se sont entendus sur une série d’objectifs
et de cibles pour combattre la faim, la pauvreté, la maladie, la discrimination à l’égard
des femmes et la dégradation environnementale. L’ensemble de ces
objectifs est connu sous le vocable "objectifs
du Millénaire pour le développement” (OMD).
Peu de temps après l’adoption
des OMD, un certain nombre de pays se sont rendu compte que ces objectifs
ne pourraient être atteints tant et aussi longtemps que des pays
continueraient à ignorer les droits des personnes ayant des incapacités.
Ainsi par exemple, un des OMD appelle à l’éducation
primaire pour tous (aussi désigné comme « éducation
pour tous » ou « EPT »), mais cet objectif
ne peut être atteint tant que les écoles primaires de plusieurs
pays ne sont pas accessibles aux enfants ayant des incapacités.
Ces pays, sous le leadership du Mexique, insistaient sur le fait que,
pour assurer un développement réussi de leurs sociétés,
il était essentiel d’assurer aux personnes ayant des incapacités
la jouissance de leurs droits. Ce sont ces mêmes pays qui ont été largement
responsables de pousser l’ONU à commencer l’élaboration
de la CDPH – un processus que nous examinerons plus tard.
Ce que , espérons-nous, la
Convention accomplira
- Accroître la visibilité des personnes ayant des
incapacités, à la fois au sein du système
des droits de la personne de l’ONU et dans la société en
général
- Clarifier les obligations des gouvernements en matière
de droits des personnes ayant des incapacités, et assurer
que les gouvernements qui deviennent États parties à la
Convention apportent, au niveau national, les changements nécessaires à leurs
lois et programmes pour rencontrer leurs obligations légales
telles que définies par la Convention
- Encourager les organes de suivi existants des droits de la
personne à porter plus d’attention aux questions
d’incapacité quand ils évaluent dans quelle
mesure les gouvernements se conforment aux autres conventions
principales relatives aux droits de la personne
- Encourager les autres organes du système de l’ONU
(comme l’UNICEF, l’UNIFEM, l’OMS, l’UNESCO,
et d’autres) à porter attention aux questions d’incapacité dans
leur travail
- Établir des systèmes qui feront un suivi systématique
des droits des personnes ayant des incapacités à travers
le monde
- Établir des systèmes de coopération internationale
dans lesquels les gouvernements, les organisations en matière
d’incapacité et d’autres acteurs pourront
partager connaissances et idées, et travailler ensemble à l’amélioration
de la vie des personnes ayant des incapacités.
|
Le processus d’élaboration de la CDPH
[Nous vous présentons ci-dessous un résumé des événements
qui se sont produits entre décembre 2001 et décembre 2006 –
cliquez ici pour consulter la chronologie complète de ces événements.]
Le processus d’élaboration de la CDPH a débuté en
décembre 2001 quand le gouvernement du Mexique a parrainé avec
succès une résolution à l’Assemblée générale
demandant la mise sur pied d’un Comité ad hoc (CAH) « pour
prendre en considération des propositions relatives à une convention
internationale globale et intégrée pour promouvoir et protéger
les droits et la dignité des personnes ayant des incapacités, basée
sur l’approche holistique adoptée dans les domaines du développement
social, des droits de la personne et de la non-discrimination, et tenant compte
des recommandations de la Commission des droits de l’homme et de la Commission
du développement social. » Au départ, certains gouvernements
se sont opposés à la création du CAH en donnant comme argument
qu’il n’était pas nécessaire d’avoir « encore
une autre » convention internationale relative aux droits de la personne.
Ces pays étaient d’avis qu’il existait déjà suffisamment
de conventions internationales principales relatives
aux droits de la personne, et qu’il valait mieux tenter d’intégrer
les questions relatives à l’incapacité dans l’application
de ces conventions. Cependant, quand les partisans de la CDPH (incluant à la
fois des gouvernements et des organisations vouées à l’incapacité)
ont expliqué les raisons pour lesquelles une telle convention était
nécessaire, ces pays ont éventuellement accepté de participer
au processus d’élaboration de la convention.
Entre juillet 2002 et décembre 2006, le CAH a tenu huit sessions
au siège social de l’ONU à New York, chaque session
durant environ deux semaines. De plus, le CAH a créé un
organe temporaire, connu sous le nom de Groupe de travail, qui s’est
réuni pendant deux semaines en janvier 2004. La tâche du
Groupe de travail était de rédiger une ébauche de
texte qui serait utilisée par le CAH dans ses futures négociations.
On a appelé ce texte, le « Texte du groupe de travail ».
Lors de ses sessions subséquentes, le CAH a examiné ce
texte et les délégations ont eu l’occasion de proposer
des amendements. Les amendements qui ont obtenu un appui suffisant de
la part des membres du CAH ont plus tard été incorporés
dans deux autres textes, le « Texte du Président » (publié en
octobre 2005) et le « Texte de travail » (publié en
février 2006).
En août 2006, le CAH a finalisé le contenu de la Convention
ainsi que d’un protocole facultatif (qui
traitait de certaines questions liées au suivi) et a envoyé ce
texte au Comité de
rédaction technique. Le travail du Comité de rédaction
consistait à faire la mise en page et la correction d’épreuves
du texte, et à s’assurer que le texte avait la même
signification dans les six langues officielles de l’ ONU . Le travail
du Comité de rédaction a été accepté par
le CAH lors d’une réunion de « reprise » de
sa huitième session le 5 décembre 2006, et le texte a été immédiatement
envoyé à l’Assemblée
générale (AG) pour considération. L’AG
a adopté la CDPH à l’unanimité le
13 décembre 2006, faisant de cette convention, comme l’a
souligné le Secrétaire général de l’ONU
Kofi Annan, « le traité relatif aux droits de la personne
négocié le plus rapidement dans l’histoire du droit
international ».
- La participation vitale des personnes ayant des incapacités
Les personnes ayant des incapacités ont joué un rôle
essentiel et majeur tout au long du processus d’élaboration
de la CDPH. De fait (tel que mentionné dans la section
calendrier)
les personnes ayant des incapacités et les organisations qui les représentent
demandaient, depuis déjà plusieurs décennies, la création
d’une telle convention. Quand le processus d’élaboration de
la convention a finalement débuté, les personnes ayant des incapacités
se sont ralliées sous leur slogan « rien qui nous concerne
sans nous » et ont exigé d’être incluses dans le
processus! Des personnes ayant des incapacités ont éventuellement été incluses
dans plusieurs délégations
d’États membres de l’ONUau CAH et des centaines de personnes
de la société civile ont participé aux
sessions du CAH. Lors de la rencontre du Groupe de travail, 12 représentant(e)s
d’organisations vouées à l’incapacité (y compris
une personne de l’OMPH) ont été sélectionnés
pour participer, comme membres, au Groupe de travail, avec droit de participation égal à celui
des représentants gouvernementaux. Jamais auparavant des parties concernées
n’avaient participé aussi largement à un processus d’élaboration
d’une convention de l’ONU relative aux droits de la personne. Plusieurs
délégués gouvernementaux, y compris deux présidents
du CAH – l’ambassadeur Luis Gallegos d’Équateur et l’ambassadeur
Don MacKay de la Nouvelle-Zélande, ont souligné qu’on n’aurait
pu arriver à une aussi bonne ébauche de la CDPH sans l’expertise
des personnes qui ont une expérience vécue de l’incapacité.
PARTIE 3: UNE RÉALITÉ CHANGEANTE – L’INCAPACITÉ DANS
LE NOUVEAU MILLÉNAIRE
Pourquoi la CDPH représente-t-elle une « nouvelle
approche », et pourquoi est-ce important?
- Une nouvelle approche pour les droits de la personne
Non seulement la CDPH a-t-elle été la convention
relative aux droits de la personne in
the
la plus rapidement négociée dans l’histoire du droit
international, mais elle est également la première convention
de ce genre à être élaborée avec une aussi large participation
des parties concernées. Cela veut dire que la CDPH est une convention
relative aux droits de la personne écrite à la fois par et pour les
personnes ayant des incapacités. La CDPH appelle également les
personnes ayant des incapacités et les organisations qui les représentent à s’impliquer
dans l’application et le suivi de la Convention à tous les niveaux,
ainsi que dans les processus de prise de décision qui affectent les vies
des personnes ayant des incapacités. Ce niveau explicite d’inclusion
des parties concernées est inhabituel pour une convention de l’ONU
relative aux droits de la personne et fait de la CDPH un document véritablement
unique. On espère également que les orientations fournies par la
CDPH pour assurer aux personnes ayant des incapacités la jouissance de
leurs droits aideront les organes de suivi des autres traités relatifs
aux droits de la personne à commencer à inclure les questions liées à l’incapacité dans
leur travail. Il devrait s’ensuivre que nous commencerons à voir
les questions liées à l’incapacité traitées
dans toutes les sphères du système international de droits de la
personne.
- Une nouvelle « approche basée sur les droits » de
l’incapacité
En tant que convention relative aux droits de la personne, la CDPH
traite les questions liées à l’incapacité dans
un contexte de droits de la personne. Bien que des organisations comme
l’OMPH demandent déjà depuis un certain temps que
l’incapacité soit considérée comme un enjeu
lié aux droits de la personne (plutôt qu’une question
médicale, de charité ou d’aide sociale), la CDPH
est le premier document international juridiquement contraignant qui
le fasse. Avec l’adoption de la CDPH, les militants en matière
d’incapacité ont maintenant en main un outil puissant pour
inscrire leurs efforts de plaidoyer dans un cadre de droits de la personne!
Mais qu’est-ce que cela signifie réellement que d’utiliser
une « approche basée sur les droits »? Selon le
Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH),
les approches basées sur les droits impliquent ce qui suit :
[Adapté de la fiche technique du HCDH sur les approches de développement
basées sur les droits, disponible en anglais à http://www.unhchr.ch/development/approaches.html ]
- Lien explicite avec les droits de la personne – ici,
il s’agit de lier les questions relatives à l’incapacité avec
la gamme complète des droits civils, politiques, économiques,
sociaux et culturels, et cela veut dire parler des questions relatives à l’incapacité en
utilisant le langage des droits
de la personne.
La CDPH fait cela, et elle peut donc être un outil utile lorsque
nous réfléchissons à la façon de formuler
notre plaidoyer en termes d’approche basée sur les droits.
Par exemple, lorsque nous discutons des besoins des jeunes ayant des
incapacités en matière d’éducation, la CDPH
nous aide à parler de ces questions non seulement en termes
de « besoins », mais également en tant
que droits juridiquement exécutoires. De même,
parce que tous les droits de la personne sont inter-reliés et
interdépendants (ce qui veut dire que la jouissance de chacun
des droits affecte notre capacité de jouir des autres droits),
une approche basée sur les droits nous amènera également à réfléchir
pour identifier quels autres droits sont importants pour pouvoir jouir
du droit à l’éducation. Par exemple, outre
l’accessibilité des écoles et l’offre d’accommodations
aux étudiants ayant des incapacités, etc., penser en
termes d’approche basée sur les droits nous incitera à examiner
aussi des questions comme : la liberté de mouvement – les élèves
ont-ils accès à du transport pour se rendre à l’école?;
le droit à des conditions de vie adéquates – les élèves
ont-ils accès à la nourriture, à l’eau, à l’hébergement
et à l’habillement qui leur permettront d’être
capables de performer de leur mieux à l’école?;
le droit à la santé – les élèves
ont-ils accès aux services de santé dont ils ont besoin
pour être suffisamment en santé pour fréquenter
l’école et performer de leur mieux? ces services sont-ils
fournis sur une base gratuite et avec un consentement éclairé?
les élèves sont-ils libres de toute intervention médicale
visant à contrôler le comportement? enfin, les élèves
ayant des incapacités ont-ils accès aux appuis qu’eux-mêmes
désirent? Donc, adopter une approche basée sur les droits
pour les questions liées à l’incapacité offre
un cadre conceptuel qui peut être utile pour évaluer toute
la gamme des facteurs et des droits qui affectent positivement et négativement
notre jouissance de droits spécifiques.
- Imputabilité – utiliser
une approche basée
sur les droits exige qu’on identifie qui sont les détenteurs
de droits (les personnes qui réclament leurs droits) et qui
sont les détenteurs de devoirs (les personnes qui ont le
devoir de protéger et de promouvoir la jouissance de ces droits,
i.e. ceux qui ne doivent pas violer les droits et qui doivent agir pour
assurer la jouissance de leurs droits par les détenteurs de droits).
Selon le droit international ,
ce sont les gouvernements aux niveaux national/local qui sont ultimement responsables
de la jouissance des droits de la personne à l’intérieur
de leurs pays. Cependant, d’autres acteurs, y compris les acteurs du secteur
privé (comme les hommes d’affaires, les individus, etc.) peuvent
agir pour promouvoir ou restreindre la jouissance des droits de la personne.
Tant et aussi longtemps que les gouvernements peuvent exercer un contrôle
sur eux (par exemple par des lois et règlements), les gouvernements sont également
responsables du comportement de ces acteurs privés. Identifier l’ensemble
des détenteurs de devoirs peut nous aider à bien cibler notre plaidoyer
et à nous assurer que tous les acteurs pertinents sont tenus responsables
pour la protection et la promotion de nos droits.
- Habilitation (empowerment) – les approches
basées sur les droits se concentrent sur l’habilitation
(empowerment) des détenteurs de droits. Ceci est à l’opposé d’une
approche charitable où les récipiendaires de la charité sont
passifs et n’ont pas leur mot à dire sur les actions qui
sont menées. L’objectif ici est de donner aux détenteurs
de droits le « pouvoir, les compétences, les capacités
et l’accès » dont ils ont besoin pour réclamer
leurs droits et prendre leur propre vie en main. L’approche
philosophique de la CDPH est en harmonie avec le besoin d’habiliter
les personnes ayant des incapacités à réclamer
leurs droits.
- Participation – les approches basées
sur les droits font appel à la pleine participation de toutes
les parties concernées pertinentes. Ceci implique que les
personnes ayant des incapacités soient des participants significatifs
au même titre que les autres. La CDPH exige que les gouvernements
consultent les personnes ayant des incapacités et les organisations
qui les représentent dans les processus de prise de décision
qui affectent la vie des personnes ayant des incapacités.
- Non-discrimination et autres domaines d’attention
particulière – les approches basées
sur les droits demandent qu’une attention particulière
soit portée à des enjeux tels que la discrimination,
l’égalité, l’équité et les
personnes qui ont été particulièrement marginalisées.
Au sein de la communauté de l’incapacité, cela
ne veut pas simplement dire traiter de la discrimination dont font
l’objet les personnes ayant des incapacités en général,
cela veut aussi dire traiter de la discrimination spécifique
et additionnelle subie par des groupes de la communauté comme
les femmes ayant des incapacités, les enfants ayant des incapacités,
les personnes autochtones ayant des incapacités, etc. Lorsqu’on
entreprend des actions pour assurer la jouissance des droits par
les personnes ayant des incapacités, il faudrait porter une
attention particulière pour s’assurer que toutes les
personnes ayant des incapacités peuvent bénéficier
de ces actions. La CDPH peut être utile pour identifier ceux
et celles qui ont été particulièrement marginalisés
et pour comprendre quelles démarches il faut entreprendre
pour éliminer la discrimination contre ces personnes.
- La valeur d’une « approche basée sur les
droits » pour l’incapacité
Maintenant que nous savons ce qu’implique une approche basée
sur les droits, quels sont certains des avantages de cette approche?
- Plus d’efficacité – utiliser
un cadre basé sur les droits dans nos discussions et notre compréhension
des questions liées à l’incapacité peut
nous aider à faire un examen plus approfondi des obstacles
auxquels font face les personnes ayant des incapacités dans
la jouissance de leurs droits. Cela peut nous aider à examiner
non seulement des obstacles spécifiques, mais également
le contexte plus large et les raisons pour lesquelles ces obstacles
existent, ainsi que les liens entre eux. De plus, utiliser un cadre
basé sur les droits peut nous aider à identifier des
solutions pratiques et nous rendre tous de meilleurs résolveurs
de problèmes.
- Plus d’imputabilité – utiliser
une approche basée sur les droits et introduire le concept de « détenteurs
de devoirs » nous aide à identifier non seulement
les actions à entreprendre, mais également qui est
responsable d’entreprendre ces actions. Le fait que les obligations
décrites dans la CDPH soient juridiquement contraignantes pour
les gouvernements nous aide à exiger la pleine jouissance
de leurs droits pour toutes les personnes ayant des incapacités.
- Plus d’habilitation (empowerment) – une
approche basée sur les droits exige la participation des personnes
ayant des incapacités et des organisations qui les représentent
dans les processus et les activités qui affectent la jouissance
de leurs droits. Cela exige également le renforcement de la
capacité des personnes ayant des incapacités et de leurs
organisations à réellement participer. Cela
est beaucoup plus habilitant que les approches qui minimisent le rôle
des personnes ayant des incapacités ou qui les perçoivent
comme étant des récipiendaires passifs de la charité ou
de l’aide sociale. De plus, une approche basée sur les
droits reconnaît la capacité des détenteurs de
droits à non seulement réclamer leurs droits, mais également à prendre
leurs responsabilités, ce qui vient à l’encontre
de bien des fausses conceptions sur les compétences des personnes
ayant des incapacités.
RESSOURCES
Voici la liste des documents mentionnés dans cette section,
ainsi que des documents supplémentaires qui pourraient vous intéresser :
Convention sur les droits des personnes handicapées et son Protocole
facultatif (CDPH)
Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH)
Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (ICESCR)
Pacte international relatif aux droits civils et politiques
(ICCPR)
Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes
de discrimination raciale (ICERD)
Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard
des femmes (CEDAW)
Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains
ou dégradants (CAT)
Convention relative aux droits de l’enfant (CRC)
Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs
migrants et des membres de leur famille
(ICRMW)
Convention internationale pour la protection de toutes les personnes
contre les disparitions forcées
Règles
universelles de l’ONU pour l’égalisation des
chances des personnes handicapées
Programme d’action mondial concernant
les personnes handicapées
Déclaration
de Beijing sur les droits des personnes ayant des incapacités
dans le nouveau millénaire
Résolution
56/168 de l’Assemblée générale de l’ONU (établissant
le Comité ad hoc)
Ébauche
de texte du Groupe de travail de janvier 2004
Texte
de travail de février 2006
« Droits de l’homme et invalidité :
L’utilisation actuelle et l’usage potentiel des instruments
des Nations Unies relatifs aux droits de l’homme dans la perspective
de l’invalidité », étude commandée
par le Haut
Commissariat aux droits de l’homme
Énoncé de
politique de l’OMPH au sujet d’une nouvelle convention
internationale relative aux droits des personnes ayant des incapacités
Si vous avez accès à l’internet, vous serez peut-être
intéressé à consulter les sites Web suivants :
Ressources
de l’OMPH sur la Convention
Haut Commissariat aux droits de l’homme de
l’ONU (avec le temps, ce site contiendra de l’information
sur la CDPH ainsi que sur la création et le travail du Comité sur
les droits des personnes handicapées)
Département des Affaires économiques et sociales de l’ONU
(où vous pouvez obtenir plus d’information sur le processus
d’élaboration de la Convention ainsi
que de l’information sur la création du Comité des
droits des personnes handicapées)
Cliquez ici pour
aller à la
Section 3