Section
Quatre: Comment commençons-nous à appliquer
la nouvelle Convention?
| À la
fin de la section 4, vous devriez
1. Comprendre l’environnement dans lequel se fera
l’application
2. Avoir une bonne idée de la façon dont
votre organisation peut travailler à l’application
3. Comprendre l’importance de l’évaluation
continue |
L’ABC de l’application!
I
Appliquer une convention de l’ONU est
une entreprise compliquée et qui peut paraître gigantesque!
Il y a tant à faire que, dans bien des cas, les ONG tendent à concentrer
leurs efforts uniquement sur le suivi et
le travail de l’organe de suivi du traité, mais ce n’est,
en fait, qu’une petite partie de ce que le travail d’application
peut et devrait être. Cette section vous offrira un cadre pour l’élaboration
d’une campagne d’application – ce que nous aimons appeler « l’ABC
de l’application ».
Adopter une vision basée sur les
droits
Bâtir un mouvement de citoyens pour
le changement
Compter vos succès et vos reculs
Adopter une vision basée sur les droits
Dans la section 2 de cette trousse, nous avons discuté de l’évolution
vers une approche basée sur les droits. Nous avons également
noté que, bien que des organisations comme l’OMPH aient
demandé depuis un certain temps que l’incapacité soit
considérée comme un enjeu lié aux droits de la personne
(plutôt qu’une question médicale, de charité ou
d’aide sociale), la CDPH est le premier document international
juridiquement contraignant qui le fasse Nous soutenions que, avec l’adoption
de la CDPH, les militants en matière d’incapacité avaient
maintenant en main un outil puissant pour inscrire leur travail de plaidoyer
dans un cadre de droits de la personne!
Nous avons également fait référence au Haut Commissariat
des droits de l’homme (HCDH), qui a identifié les
caractéristiques suivantes d’une approche
basée sur les droits
- Lien explicite avec les droits de la personne – ici,
il s’agit de lier les questions relatives à l’incapacité avec
la gamme complète des droits civils, politiques, économiques,
sociaux et culturels, ce qui veut dire parler des questions relatives à l’incapacité en
utilisant le langage des droits de la personne.
- Imputabilité – utiliser une approche
basée sur les droits exige qu’on identifie qui sont
les détenteurs de droits (les personnes qui réclament
leurs droits) et qui sont les détenteurs de devoirs (les
personnes qui ont le devoir de protéger et de promouvoir
la jouissance de ces droits).
- Habilitation (empowerment) – les approches
basées sur les droits se concentrent sur l’habilitation
(empowerment) des détenteurs de droits. Ceci est à l’opposé d’une
approche charitable où les récipiendaires de la charité sont
passifs et n’ont pas leur mot à dire sur les actions qui
sont menées.
- Participation – les approches basées
sur les droits font appel à la pleine participation de toutes
les parties concernées pertinentes.
- Non-discrimination et attention particulière aux
groupes vulnérables – les approches basées
sur les droits demandent qu’une attention particulière
soit portée à des enjeux tels que la discrimination,
l’égalité, l’équité et les
groupes de personnes qui ont été particulièrement
marginalisés.
Transformer la théorie en pratique!
Alors, qu’est-ce que cela signifie, et comment cela peut-il
se traduire en plan d’action pour vous et votre organisation? Nous
vous proposons un processus en trois étapes pour ce faire .
Étape 1 – Analyse de l’environnement
Étape 2 – Faire correspondre l’environnement
et votre propre programme
Étape 3 – Élaborer une vision pour la
pleine application de ce droit |
Étape 1 – Analyse de l’environnement
La section 3 de cette trousse fournit un résumé pratique
de la Convention – une description concise de chacun des articles
de la CDPH. Consultez ce résumé à nouveau et, en
même temps, pensez au travail que vous et votre organisation accomplissez,
ou aimeriez accomplir dans l’avenir.
Étape 2 – Faire correspondre l’environnement
et votre propre programme
Réfléchissez encore un peu à ce que votre organisation
fait, ou à ce que vous aimeriez faire. Faites le lien avec l’article
qui est le plus pertinent à ce travail. Dans la Trousse de ratification,
l’OMPH a fourni un outil utile pour ce type d’activité appelé « l’analyse
SWOT ».
Comme nous le mentionnions alors, l’analyse SWOT est une façon
efficace d’examiner votre environnement et d’identifier vos
forces et vos faiblesses, de même que d’examiner les opportunités
et les menaces auxquelles votre organisation fait face. Dans le contexte
de l’application de la nouvelle Convention, l’analyse SWOT
peut aussi vous aider à concentrer vos activités dans les
domaines où votre groupe est fort et où se retrouvent les
meilleures opportunités. L’analyse SWOT vous aidera également à identifier
les domaines où vous avez plus de faiblesses, et à décider
si vous voulez corriger ces faiblesses ou alors les contourner dans vos
efforts pour appliquer et faire le suivi de la Convention dans votre
pays.
Étape 3 – Élaborer une vision pour la pleine
application de ce droit
Maintenant que vous avez fait le lien entre votre travail et un article
spécifique
de la CDPH ,
nous vous suggérons de prendre le texte du traité comme tel et
d’examiner l’article en question, pour voir ce qu’il dit au
juste sur ce qu’implique cet article et comment il devrait être
réalisé.
Bâtir un mouvement
de citoyens pour le changement
Comme nous le notions dans la Section deux, à l’exception
de l’Article
23 de la Convention relative aux droits de l’enfant aucune
des hconventions principales relatives aux droits de
la personne ne mentionne les personnes ayant des incapacités. Bien
que les droits de la personne décrits dans ces conventions s’appliquent
bien sûr
aux personnes ayant des incapacités, les gouvernements et la société en
général n’ont pas fait un très bon travail pour assurer
aux personnes ayant des incapacités la pleine jouissance de leurs droits.
Par ailleurs, les gouvernements n’ont pas fait un bon travail
quand ils ont fait rapport aux organes de
suivi des traités sur la façon dont ils appliquent
, aux personnes ayant des incapacités, les diverses conventions relatives
aux droits de la personne. Pour leur part, les organes de suivi n’ont
pas demandé cette information. Par conséquent, certains
ont noté que les personnes ayant des incapacités ont été effectivement « invisibles » au
sein système de l’ONU en matière de droits de la
personne.
Cette « invisibilité » a par ailleurs
rendu la tâche difficile aux militants en matière d’incapacité qui
voulaient attirer l’attention du système de l’ONU
en matière de droits de la personne sur les enjeux liés à l’incapacité.
On prévoit que, avec l’adoption d’une convention traitant
spécifiquement des droits des personnes ayant des incapacités,
cette situation va changer puisque le système aura à sa
disposition des règles universelles juridiquement contraignantes
en matière de droits de la personne qui s’appliquent clairement
aux personnes ayant des incapacités. On prévoit par ailleurs
que la mise sur pied d’un comité des droits des personnes
handicapées amènera l’expertise en matière
d’incapacité au sein même du système international
en matière de droits de la personne, et alors les autres organes
de suivi des traités pourront apprendre de ce comité et
commencer à tenir compte dans leur travail des questions liées à l’incapacité.
Compte tenu de tous ces facteurs, le temps est venu de tendre la main à des
groupes et aux gouvernements pour commencer à leur faire porter
attention aux enjeux liés à l’incapacité,
et ce, dans un cadre basé sur les droits.
Transformer la théorie en pratique!
Nous vous proposons, encore une fois, trois étapes qui découlent
de la vision basée sur les droits que nous vous demandions d’élaborer
dans la section précédente. Il s’agit de :
Étape 1 – Identifier les objectifs que vous devrez
atteindre pour réaliser votre vision
Étape 2 – Identifier les activités qui vous
aideront à faire avancer votre cause
Étape 3 – Identifier des collaborateurs dans la communauté
Étape 1 – Identifier les objectifs que vous devrez
atteindre pour réaliser votre vision
Plusieurs facteurs vont influencer la façon dont ceci se déroulera.
L’information recueillie lors de l’analyse de l’environnement
ainsi que l’analyse SWOT seront des éléments clés
pour faire une bonne planification. Cependant, malgré les différences
d’un enjeu à l’autre, ou d’un pays à l’autre,
il est toujours vrai que la poursuite d’un grand but, ou ce que
nous appelons « un vision basée sur les résultats »,
implique une série d’étapes et d’objectifs à atteindre
au fil du temps. Par exemple, si votre organisation identifiait l’éducation
comme priorité, vous auriez alors à examiner les facteurs
dont il faut tenir compte pour assurer un accès égal à l’éducation – tout,
depuis la formation des enseignants jusqu’à l’accessibilité des
bâtiments et de l’information, et bien d’autres choses
encore. C’est ce que nous entendons quand nous parlons d’objectifs
pour atteindre votre but.
Étape 2 – Identifier les activités qui
vous aideront à faire avancer votre cause
Comme nous le notions au début de cette section, appliquer un traité de
l’ONU est une entreprise compliquée et énorme! Il y
a tant à faire que, dans bien des cas, les ONG tendent à concentrer
leurs efforts uniquement sur le, treaty
body et le travail de l’organe de suivi du traité, mais ce n’est,
en fait, qu’une petite partie de ce que le travail d’application
peut et devrait être. Nous espérons qu’il devient maintenant
clair pour vous que, quoique très importants, le travail de l’organe
de suivi et les rapports alternatifs ne sont qu’une partie de ce que peut
faire la société civile pour appliquer la CDPH.
Si tout ce que les ONG avaient à faire était de rapporter
des cas où l’éducation, par exemple, n’est
pas à la hauteur de leur « vision basée sur
les droits », il serait important de le noter. Cependant,
cela ne commence même pas à tirer profit de toutes les opportunités
offertes par la nouvelle Convention pour des activités comme le
développement de ressources à l’intention des gouvernements
et des administrateurs pour améliorer la qualité de l’éducation,
ou la formation et le développement de ressources documentaires
pour améliorer la qualité de l’éducation destinée
aux élèves ayant des incapacités.
C’est ce type de mesures, comme la mise à disposition
de formation et de ressources, qui peuvent être les plus efficaces
pour amener la société plus près d’atteindre
le but d’une éducation inclusive et accessible. C’est également
par ce genre d’activités que l’on peut réellement
commencer à traiter de la question de l’invisibilité qui
est souvent au cœur des nombreux obstacles auxquels font face les
personnes ayant des incapacités.
Étape 3 – Identifier des collaborateurs dans
la communauté
Une fois de plus, en ce qui a trait à la question de l’invisibilité,
la CDPH offre une chance merveilleuse de tendre la main à des groupes
autres que ceux avec lesquels les OPH travaillent habituellement. Tout
au long du processus d’élaboration de la Convention, l’OPMH
et plusieurs autres OPH ont commencé à tisser des liens avec
d’autres organisations œuvrant dans le domaine des droits de
la personne et de l’équité. De même, nos interactions
avec les gouvernements se sont élargies et ont porté sur
des questions pour lesquelles, jusqu’à l’alors, nous
n’avions pu établir de contacts
utiles.
Une fois que vous aurez identifié les champs d’intervention qui
sont importants pour la cause de votre organisation, et une fois que vous aurez
décidé du type d’activités que vous désirez
entreprendre pour atteindre votre but, ou votre « vision basée
sur les droits », vous devriez réfléchir sérieusement
aux personnes de votre communauté qui sont également concernées
par cet enjeu. Vous devrez alors déterminer qui, parmi ce groupe, sont
des alliés potentiels puis, munis de cette liste, vous devriez commencer à les
approcher pour leur exposer vos idées et voir s’ils sont ouverts à une
collaboration. Comme nous le mentionnions plus haut, le processus d’élaboration
de la Convention a donné lieu à une multitude d’activités
de ce genre et, dans bien des cas, les résultats ont été très
positifs.
Le meilleur exemple de ceci est peut-être la collaboration avec
les gouvernements eux-mêmes! Ceux d’entre nous qui ont été impliqués
dans un travail de plaidoyer sont familiers avec les relations souvent
teintées d’adversité entre la société civile et les gouvernements, mais l’élaboration de la CDPH était
une exception et devrait servir d’exemple alors que nous allons vers l’application
de la Convention.
Comptez vos succès et vos reculs
Nous arrivons finalement, dans l’ABC de l’application, à la
question d’évaluation. Il est essentiel d’avoir une
idée claire de ce qui a bien fonctionné et de ce qui a
mal fonctionné. C’est seulement grâce à l’évaluation
que votre organisation pourra apprendre de ses erreurs et bâtir
sur ses réussites. L’évaluation et l’autoanalyse
sont les clés de la croissance et de l’amélioration
d’une organisation.
Des livres et des sites Web entiers sont consacrés à l’évaluation
et à tous les éléments importants qu’il faut
considérer. Mais cela va bien au-delà de ce que cette trousse
cherche à accomplir, et nous vous encourageons à aller
consulter cette information. Ceci étant dit, il est bon de rappeler
ici quelques principes clés essentiels à tout bon processus
d’évaluation. Ce qui suit a été adapté du Royal
Dutch Ministry of Foreign Affairs Evaluation Policy (Politique d’évaluation
du ministère danois des Affaires étrangères), disponible
en ligne à
http://www.netpublikationer.dk/um/7571/html/chapter09.htm
Ces principes reflètent les valeurs de base d’un travail
d’évaluation efficace. Les principes directeurs portent
sur les attentes face à la fois aux évaluateurs et aux
processus d’évaluation.
Indépendance – les jugements de l’évaluateur
ne sont pas influencés par des pressions ou des conflits d’intérêts.
Les membres de l’équipe d’évaluation ne doivent
pas avoir participé aux activités qu’ils évaluent.
Impartialité – les préférences personnelles
des évaluateurs ne doivent pas influencer l’évaluation.
Les évaluations doivent présenter de façon équilibrée
les forces et les faiblesses.
Objectivité – l’évaluation repose sur des
constats réels. Les jugements doivent être clairement séparés
des observations factuelles.
Transparence – les thèmes, les enjeux et les décisions
significatifs sur lesquels porte l’évaluation sont identifiés
et expliqués clairement.
Faisabilité – la méthodologie et les ressources
appropriées requises par l’évaluation sont disponibles.
Convenance – l’évaluation ne fait pas de tort aux
individus.
Efficience – l’évaluation est faite au plus bas
coût possible.
Exactitude – les données ne comportent pas d’erreurs
qui seraient significatives pour l’évaluation.
Équité – l’évaluation fournit une
présentation équilibrée des forces, des faiblesses
et des différents points de vue.
Crédibilité – l’évaluation est menée
de façon à ce que les résultats soient crédibles.
Utilité – le processus d’évaluation et l’information
qu’il produit sont utilisés par les parties concernées.
Cliquez ici pour
faire le lien avec l’évaluation de la Trousse