Exposé de position de l’ OMPH
sur une nouvelle Convention internationale relative aux droits
des personnes handicapées
Ce document présente la position de l’ OMPH
sur trois points clés dans l’élaboration
d’une nouvelle Convention internationale relative aux
droits des personnes handicapées. Il s’agit
de la nature de la convention, de la mise en œuvre de
la convention, et du processus d’élaboration de
la convention. Chacun de ces points a fait l’objet
de discussions lors de la 6ième Assemblée mondiale
de l’ OMPH en octobre 2002. Le présent
document développe les positions adoptées à Sapporo
et, plus spécifiquement, dans la Déclaration
de Sapporo.
I. NATURE DE LA CONVENTION
Nous réclamons une Convention internationale relative
aux droits de la personne spécifique qui tienne compte
de l’ensemble des droits civils, politiques, économiques,
sociaux et culturels.
Il ne fait aucun doute que les personnes handicapées
sont parties prenantes du système international des
droits de la personne et qu’elles ont droit à la
pleine jouissance de tous les droits décrits dans les
instruments des droits de la personne existants. Et
pourtant, les abus en matière de droits de la personne
demeurent une réalité quotidienne pour les personnes
handicapées à travers le monde et ce, en grande
partie en raison du fossé existant entre les valeurs
exprimées par le système des droits de la personne
et la réalité de l’incapacité. Comme
l’affirmait, l’an dernier, le rapport du Haut-Commissaire
aux droits de l’homme:
L’argument le plus important plaidant en faveur d’une
convention est peut-être celui de la « visibilité » … il
s’est avéré extrêmement difficile
de garder à l’esprit la réalité des
personnes handicapées lors des délibérations
des (autres) organes de suivi des traités (en matière
de droits de la personne). Cela est dû, dans une
certaine mesure, au relatif manque d’engagement des ONG
représentant les personnes handicapées dans la
machinerie de suivi des traités. Cela est également
dû au manque de commentaires généraux émanant
des organes de suivi des traités au sujet de l’incapacité – ce
qui reflète le fait que ces questions ne sont pas prioritaires
pour eux.
L’ OMPH appuie la position voulant qu’il est
nécessaire d’élaborer une convention spécifique
relative aux droits des personnes handicapées en vue
de combler efficacement ce fossé. L’ OMPH
croit que cette convention doit être basée sur
les normes et les règles existantes en matière
de droits de la personne, et s’en inspirer, et qu’elle
doit aborder en termes concrets les circonstances économiques,
sociales, politiques et culturelles qui ont un impact négatif
sur les personnes handicapées dans l’exercice
de leurs droits. De plus, la nouvelle convention ne
devrait pas se limiter à l’élaboration
d’un cadre anti-discrimination. L’ OMPH
appuie entièrement l’adoption et l’application
d’une législation non-discriminatoire au niveau
national et croit que la non-discrimination et l’égalité des
chances doivent être des composantes intrinsèques
de toute convention des droits des personnes handicapées.
Cependant, afin que le cadre international des droits de la
personne intègre réellement la perspective de
l’incapacité, il doit y avoir place pour l’ensemble
des droits de la personne dans le contexte de l’incapacité.
Les personnes handicapées réclament l’exercice
de tous les droits de la personne et, si l’on veut placer
les normes et les règles existantes dans le contexte
de l’incapacité, la convention doit aborder l’ensemble
des droits civils, politiques, économiques, sociaux
et culturels. La liste qui suit ne prétend pas être
exhaustive. Elle veut refléter (sans aucun ordre
particulier) certains des droits déjà couverts
par les instruments de droits de la personne existants et qui
devraient être développés plus en détail
dans la convention de façon à ce que celle-ci
couvre l’ensemble des droits de la personne :
1. Les stéréotypes accolés aux groupes
2. La non-discrimination et les mesures pour éliminer
la discrimination
3. Les actions pour garantir l’exercice et la jouissance
des droits
4. La participation
5. L’accessibilité
6. Le droit à la vie
7. La torture et autres abus
8. L’exploitation sexuelle et les abus qui y sont liés
9. L’esclavage, la servitude et le travail forcé
10. L’assistance aux survivants
11. L’égalité devant la loi
12. Le droit à l’application régulière
de la loi
13. Le droit de se réunir et de s’associer
14. La liberté de pensée, d’opinion et
d’information
15. La vie politique et publique
16. Les soins médicaux / la santé / la réadaptation
17. L’emploi / la sécurité sociale /
la sécurité de revenu
18. Le logement
19. L’éducation
20. La famille
21. La culture et la religion
22. Les minorités linguistiques
23. Les loisirs et les sports
24. La nationalité / la liberté de mouvement
25. Les réfugiés / les personnes déplacées à l’intérieur
de leur propre pays
II. LA MISE EN OEUVRE DE LA CONVENTION
Nous réclamons un mécanisme fort de suivi
de la Convention, bien au fait de la perspective unique des
personnes handicapées, de façon à assurer
la crédibilité, la légitimité et
l’efficacité de la Convention.
Pour que la Convention soit efficace, il est nécessaire
de mettre en place un mécanisme de suivi fort qui puisse
mesurer les niveaux d’application de la Convention et
fournir des avis sur les pratiques exemplaires. Ce mécanisme
de suivi devrait avoir le pouvoir d’interpeller les acteurs
pertinents à tous les niveaux, y compris les États,
les organisations intergouvernementales, les organisations
non-gouvernementales et les individus. La création
d’un organe de suivi devrait être inscrite dans
la Convention. Idéalement, cet organe devrait
avoir le pouvoir de :
• Recevoir et évaluer, sur
une base régulière, les rapports des États
membres, rapports qui devraient être produits au moins à tous
les cinq ans.
• Recevoir les plaintes émanant
d’organisations inter-États, non-gouvernementales
ou d’individus.
• Faire enquête sur les abus
présumés de droits de la personne.
• Faire appel aux autres membres
du système des Nations Unies pour l’assister dans
la production de rapports et d’études relatifs
aux droits de la personne dans le contexte de l’incapacité.
Tout mécanisme de suivi de la Convention devrait posséder
une expertise en matière d’incapacité et
de droits de la personne. Nous, les personnes handicapées,
sommes les experts en ce qui a trait à notre situation
et il est donc crucial que tout organe de suivi établi
par la Convention compte une majorité de personnes handicapées
parmi ses membres.
III. LE PROCESSUS D’ÉLABORATION DE LA CONVENTION – CONSIDÉRATIONS
PROCÉDURALES
Nous, les personnes handicapées, réclamons
une voix au chapitre dans l’élaboration de cet
instrument. Nous devons être consultées à tous
les niveaux et sur tous les sujets qui nous concernent.
Notre participation, en tant que personnes handicapées,
dans la prise de décisions qui nous concernent est un
principe fondamental qui doit se refléter dans la loi
et les politiques internationales. Toutes les parties
prenantes, et particulièrement les organisations se
consacrant à l’incapacité et aux droits
de la personne, devraient être pleinement impliquées
dans le processus d’élaboration d’une nouvelle
Convention de l’ONU relative aux droits des personnes
handicapées.
L’ OMPH se réjouit de la résolution sur « l’accréditation
et la participation des organisations non-gouvernementales » présentée
lors de la session inaugurale du Comité Ad Hoc. Nous
recommandons donc que ces méthodes de travail soient
pleinement mises en œuvre dans les réunions à venir
du Comité Ad Hoc et qu’elles servent de modèle
pour toutes les réunions régionales et nationales
alors que le processus continue de se dérouler. De
façon tout aussi importante, la résolution affirme
ce qui suit:
(Le Comité Ad Hoc) Exhorte les instances pertinentes
des Nations Unies, en reconnaissance de l’importance
d’une participation géographique équitable
des organisations non-gouvernementales aux travaux du Comité Ad
Hoc, à fournir de l’appui aux organisations non-gouvernementales
qui manquent de ressources pour participer au Comité,
en particulier aux organisations non-gouvernementales intéressées
provenant de pays en développement ou de pays dont l’économie
est en transition;
Réclame que le Secrétaire général
dissémine largement à la communauté des
organisations non-gouvernementales toute l’information
disponible sur les procédures d’accréditation
de même que l’information sur les mesures d’appui à la
participation au Comité Ad Hoc.
Au cours des quatre prochains mois, avant la prochaine réunion
du Comité Ad Hoc, tous les efforts devraient être
déployés pour s’assurer que l’information
sur les procédures, la notification des réunions
régionales et le processus d’accréditation
soit disséminée rapidement et clairement à l’ OMPH
et aux organisations représentant les personnes handicapées à travers
le monde. À cet effet, l’ OMPH recommande
que soient allouées des ressources suffisantes au département
des Affaires économiques et sociales des Nations Unies
(DAES) pour permettre que l’information soit transmise
par le biais du site Web du DAES et par tout autre moyen jugé nécessaire
pour rejoindre le milieu associatif des personnes handicapées.
De façon à réaliser le but d’inclusion
du Comité Ad Hoc, l’ OMPH considère que
deux points clés doivent être abordés:
1) L’accessibilité – la pleine accessibilité,
selon les principes de l’Accessibilité universelle,
doit être assurée de façon à ce
que les personnes ayant des incapacités de toutes sortes
puissent avoir accès à toutes les délibérations
du Comité Ad Hoc. Si le Comité Ad Hoc
a besoin d’information technique sur quelqu’aspect
que ce soit de l’Accessibilité universelle, l’ OMPH
et les autres membres de l’ AID se feront un plaisir
de le renseigner.
2) Un appui, par le biais du Fonds volontaire des Nations
Unies (établi par A/ Res/57/229), pour assurer, à toutes
les étapes du processus, la pleine participation des
personnes handicapées et des organisations qui les représentent,
en particulier celles provenant de pays en développement
et de pays dont l’économie est en transition.
Enfin, tout en reconnaissant l’importance évidente
de la participation de la société civile indépendante à ce
processus, l’ OMPH exhorte tous les États membres à participer
au processus d’élaboration de la Convention et,
plus spécifiquement, elles les encourage à inclure
des personnes handicapées dans leurs délégations
officielles.
Gerard Quinn, Theresia
Degener, et al (2002). « Droits de l’homme
et handicap : L’utilisation actuelle et le potentiel
futur des instruments des Nations Unies pour les droits de
l’homme dans le contexte du handicap », Haut-Commissariat
des Nations Unies aux droits de l’homme, Genève. |